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RDCongo: L'US Africom pour assurer les intérêts miniers américains

16 Sep

Par Bondo Nsama/Salongo

Africom-logoUne note diplomatique du Département d’Etat du 1er septembre indique, sous sa forme de mise en garde, l’accomplissement du programme de protection des acquis miniers des Etats-Unis en RDC que va assurer la structure militaire AFRICOM avec pour mission secondaire d’aider à la stabilisation de l’Est du pays

L’on peut dire que les affaires entamées par les Etats-Unis depuis une dizaine d’années pour s’emparer du contrôle d’importantes zones mi­nières en RDC marchent très bien. Du côté de ses approvisionnements en minerais réputés soit pour leur résistance aux températures élevées, tel le colombo-tantalité alias coltan, soit pour leur caractère hautement stratégique comme l’uranium, le pays de l’Oncle Sam n’a plus de soucis à se faire.

En ef­fet, le Katanga est déjà dans la poche des Yan kees grâce à la montée en puissance du consor­tium Katanga Mining qui se tape 75% sur l’ensem­ble de l’exploitation minière. A son tour le Kivu s’affiche dans le giron des conquêtes minières américaines après qu’ait été réaménagé le contrat chinois désormais revu à la baisse sur injonction de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire Inter­national. D’ores et déjà, la Province Orientale, avec un Ituri particuliè­rement riche en pétrole, se trouve dans la ligne de mire des Etats-Unis résolus d’en faire leur source d’apprivoisement.

L’avènement de Barack Obama à la Maison Blanche a fait penser à plus d’un Afri­cain que celui-ci allait inflé­chir la politique des Etats­-Unis dans le sens d’une plus grande implication de la pre­mière puissance économique du monde pour impulser le développement du continent noir et, par voie de consé­quence, le bien-être de ses populations.

Sans denier au président US une certaine volonté devoir l’Afri­que prendre place à bord du train de la croissance, il reste que le rote du chef de l’Exécutif amé­ricain étant essentiellement de pro­mouvoir et de dé­fendre les intérêts multifor­mes des Etats-Unis, Obama ne peut pas, sur ce plan, se comporter autrement que ses prédécesseurs. D’une administration américaine à une autre, l’objectif reste le même, c’est-à-dire veiller à ce que les Etats-Unis demeu­rent Les maîtres du monde, et particulièrement dans les domaines Les plus sensibles liés à leur stratégie globale d’unique super puissance. Seulement quelques nuances d’approche distinguent l’une de l’autre.

L’on a pu ainsi obser­ver que l’administration Bush, père et fils, familière de l’industrie pétrolière américaine, s’est beaucoup dépensée pour garantir l’ap­provisionnement des Etats-­Unis en produits pétroliers en focalisant son attention et ses efforts sur les pays du Golfe. Les deux guerres sus­citées dans la ré­gion en son l’illus­tration.

Du côté dé­mocrate, plus pro­che de l’industrie de l’armement, la pré­férence des choix prioritaires se porte sur les minerais, surtout ceux qui sont utilisés d’une part dans les alliages spéciaux destinés à la fabrication des navires de guerre et des avions de com­bat, et de l’autre dans la technologie de pointe.

En té­moigne la guerre de 1996 dé­clenchée par l’administration Bill. Clinton en République Dé­mocratique du Congo à la suite du génocide rwandais et dont la véritable motiva­tion n’était rien d’autre que de permettre aux Etats-Unis d’avoir facilement accès aux énormes ressources minières logées à l’Est du pays.

Contraindre la Rdc à céder

En effet, une fois acquise la déstabilisation de l’Est de la Rdc via cette guerre camouflée pour les besoins de la cause une guerre dite de libération et pour la quelle l’Ouganda et le Rwanda avaient été judicieusement mis à contribution, il ne restait plus aux Etats-Unis que d’en cueillir les fruits. Pas n’importe comment, spécialement en termes de contrôle des richesses du sous-sol congolais.

Or, là où les Américains pensaient que le changement de régime qu’ils avaient orchestré leur ouvrait automatiquement la voie de l’exploitation tous azimuts des matières premières congolaises, les gros moyens financiers, c’est naturellement aux Etats-Unis que s’était tourné le niveau pouvoir.

Logiquement, on aurait dû s’attendre à ce que l’Oncle Sam mette le paquet au profit de la Rdc. Mais non, les Etats-Unis ainsi que leurs alliés occidentaux ont fait la sourde oreille aux incessants appels à l’aide de feu Laurent-Désiré Kabila obligeant celui-ci à mobiliser le peu de ressources disponibles pour faire face aux défis majeurs aux quels le pays était confronté. D’où sa célèbre formule invitant les Congolais à ne compter que sur leurs propres forces et donc à se prendre conséquemment en charge. Même ses multiples démarches pour faire reconnaître l’agression ougando-Rwandaise de 1998 n’aboutirent qu’à l’indifférence des pays interpellés, parmi lesquels, en premier lieu, les USA qui ont mis énormément de temps de reconnaître enfin la réalité de cette agression.

Et que dire de l’opéra­tion française Artemis I en Ituri qui n’avait pu être pro­longée ni répétée simplement parce que les Américains n’en voulaient pas ? Par la suite, alors que l’on espérait que la tenue des élections et la mise en place des institutions qui en sont issues amèneraient la com­munauté internationale, sous le Leadership des Etats-Unis, à agir conformément à ses promesses, par l’accompa­gnement effectif des nouvelles institutions pour pacifier l’Est du pays et amorcer le décollage économique de la RDC, le gouvernement congolais n’a eu droit qu’à…, des promesses d’honorer des promesses déjà faites.

Fatigué d’attendre, la RDC a ainsi eu l’idée salutaire de se tourner vers d’autres partenaires pour la réalisa­tion notamment des 5 chan­tiers de la République. Au grand dam des partenaires traditionnels qui n’ont dès lors ménagé aucune initiative pour faire capoter en cette matière la coopération sino­-congotaise. Opération réus­sie, puisque les ambitions du contrat chinois ont été rame­nés à des proportions qui cor­respondent aux exigences de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire Internatio­nal,donc des Etats-Unis.

AFRICOM vient, mais pour qui et pourquoi ?

Dans sa forme initiale, le contrat chinois permettait à la Chine d’avoir à sa disposition de vastes étendues renfermant des matières premières qu’il lui était loisible d’exploiter à son compte pendant deux décennies. Remanié à la demande expresse des bailleurs des fonds traditionnels de la RDC, ce contrat dégage de l’espace pour les multinationales anglo-saxonnes intéressées depuis toujours par l’exploitation des ressources minières de la RDC.

La situation nouvelle ainsi créée, outre qu’elle constitue en quelque sorte une forme de couronnement des opérations que mènent déjà sur le terrain des sociétés multinationales d’origine américaine, canadienne et australienne à la suite des sociétés britanniques AMC et Afrimex et de droit belge Trademet, justifie à posteriori la pertinence des analyses selon lesquelles la cause fondamentale de la guerre et de l’insécurité qui caractérisent l’Est de la RDC est liée à l’exploitation des ressources minières de la RDC.

C’est justement dans ce contexte de « légitimation » des prétentions américaines sur cette exploitation que se renforce l’idée de l’envoi en RDC d’une structure de commandement militaire régional pour l’Afrique (AFRICOM) chargée de conduire les FARDC, à travers une formation adaptée, à acquérir des capacités opérationnelles de manière à faire face à tout défi sécuritaire à l’intérieur comme aux frontières du pays.

Maintenant qu’a été atteint le but recherchée depuis 1996, c’et-à-dire la maîtrise des ressources minières de la RDC en vue de satisfaire les besoins du Pentagone en matière d’armements, place à l’AFRICOM pour assurer la police.

Certes, dans cette optique, le programme de formation de l’AFRICOM en faveur des FARDC est évidemment positif pour le pays. Pour autant, qu’on n’aille pas croire que c’est uniquement pour cette raison que cette structure débarque et s’installe en RDC. La partie invisible de la mission de l’AFRICOM consistera en fait à se concentrer sur la sécurisation des carrés miniers américains contre d’éventuels prédateurs qui pourraient se manifester sous une forme ou une autre.

Autant dire que si AFRICOM vient camper en RDC, ce n’est pas pour les beaux yeux des Congolais, mais essentiellement pour protéger les intérêts américains représentés dans l’exploitation des ressources stratégiques de la RDC. Ces intérêts-là sont de toute façon supérieurs aux risques que peuvent encourir les citoyens américains en territoire congolais pour cause d’instabilité à l’Est, ou des problèmes de discipline dans le chef de certains éléments des FARDC qui sont déployés.

A cet égard, la note diplomatique du Département d’Etat diffusée le 1er septembre dernier et contenant des conseils de prudence à l’ensemble des citoyens américains peut, certes, intriguer, mais ne saurait, à mon avis, remettre en cause la mission hautement stratégique d’AFRICOM en terre congolaise.

(DN/Milor/GW/Yes)

Bondo Nsama/Salongo, Digitalcongo

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Publié par le 16 septembre 2009 dans Uncategorized

 

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