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Alcoolisme : Enquête sur ces femmes alcooliques en Afrique

23 Sep

Une enquête de Jeanine Fankam

AlcoolL’alcoolisme féminin est un fléau galopant. Il prend même des proportions inquiétantes. Les femmes ont peu de contrôle sous l’effet de l’alcool. Elles se saoulent la gueule, bagarrent, se livrent à des bestialités, reviennent à la maison paumées, parfois sous le regard impuissant des enfants. Le conjoint, parfois, ne se doute de rien, jusqu’au jour où,  » Le voleur est attrapé la main dans le sac ».

Cas atypiques

 » Taxi, carrefour Anguissa! ». La voix de la cliente, la cinquantaine alerte, est nasillante. Elle est assise à même le sol, sur le trottoir de la descente Carrousel, et éprouve de sérieuses difficultés pour monter à bord de la voiture jaune. Les autres passagers compatissent à sa peine avant de se rendre compte de l’évidence. La dame pue l’alcool.

Et du coup la compassion se mue en répulsion. Dans le taxi, elle s’affale sans aucun souci pour les autres.

Elle veut parler, mais n’y parvient pas vraiment. La hargne des autres passagers la laisse de marbre. Avec une voix dormante, elle réussit tout de même à préciser sa destination:  » au niveau carrefour du lycée « . Les yeux sont rouges, le corps sans énergie. Du coup, elle devient une curiosité dans le taxi. Tout le monde tente de la dévisager. Elle a pour tout vêtement, moins que ce qu’il faut pour couvrir la nudité: une petite camisole collante et transparente, qui laisse entrevoir des mamelles flasques et sans soutien-gorge. Son « pantalon taille basse » est à la mode, un pantalon, tout aussi collant. Un accoutrement jeune, qui laisse supposer que la dame est à la conquête d’une jeunesse qu’elle n’estime pas perdue. Il est à peu près 20h ce samedi.

Le reste du parcours est silencieux dans le taxi. Personne n’ose dire le moindre mot. L’air y est pollué. L’embouteillage et cette mauvaise atmosphère rendent les destinations plus longues et éprouvantes. La lenteur de la circulation endort la dame ivrogne. Au carrefour du lycée, le chauffeur est obligé de recourir à l’aide de quelques gros bras pour la réveiller dans un premier temps, avant de la tirer hors du taxi. Dans un hangar en face, où les occupants attendent des beignets au haricot, sous une pluie d’éclats de rire, quelques personnes reconnaissent « mama Jeanne ». La vendeuse des beignets, dépitée, lance: « C’est la même scène tous les jours, une femme qui ne peut même pas honorer ses enfants « .

Prédateur

Le taxi reprend le voyage qui s’anime soudain. A travers la vitre, on aperçoit « Mama jeanne « en train de vomir. D’aucuns spéculent sur la possibilité qu’un prédateur sans scrupule s’assouvisse sur cette « proie » facile, bien partie pour passer des heures là, sur le trottoir. Chacun donne son avis sur l’alcoolisme féminin qui risque, de l’avis du chauffeur, de devenir  » aussi contagieux que la peste « . L’affirmation est à peine exagérée lorsqu’on fait plus attention au phénomène. De plus en plus, sont nombreuses, les femmes qui assaillissent les débits de boisson. De bonne heure, en mi-journée ou dans la nuit, elles y animent la galerie autour de la bière. Eldorado, Carrefour de la joie, Elise-bar, Campero, sont des lieux les plus courus par les dames. Dans les marchés, le long des avenues plus ou moins populaires, à toute heure, des femmes se « désaltèrent » dans les bars. Stève Noumela, avoue être dépassé par le cas de sa mère qui saoule à tous les coups.

 » Les jours où elle a réunion, il est impossible qu’elle rentre à la maison lucide. Du vivant de notre père, elle n’allait au bar que sous sa surveillance. Mais depuis son décès, elle y va quand elle veut. Le drame c’est qu’elle revient parfois à la maison avec des hommes… Ma mère est faible de caractère, lorsqu’elle a trop bu, elle peut facilement se laisser aller. Mes frères et moi, avons décidé que les hommes ne vont plus la « sauter » sous notre toit. Chaque fois qu’elle revient de ses balades avec un inconnu, c’est sous de coups de gourdins qu’il ressort de chez nous, comme ça au moins, nous avons le sentiment de défendre la mémoire de notre père ».

La veuve Noumela, elle, ne trouve aucun inconvénient qu’une femme aille « vivre » au bar. C’est juste un loisir comme aller danser en boîte de nuit par exemple, explique t-elle. « Pour des veuves de notre âge, il est plus facile à quelqu’un de nous inviter au bar qu’en boîte de nuit. « .

Femmes joyeuses

A la vérité, les débits de boisson ne sont pas des refuges pour des veuves seulement. On y rencontre des femmes de tous les âges. Jacqueline Mengue sort à peine de l’âge pubère. Elle a 17 ans. Cela va bientôt faire un an qu’elle fréquente régulièrement les débits de boisson. Elle a découvert le milieu en décembre dernier et y a pris goût. Désormais, tous les dimanches, dans l’après midi, elle s’installe dans un bar populaire de son choix. Elle y va toute seule, avec l’espoir d’y trouver un « copain ».  » Je viens « me chercher » au bar. Je me rends belle d’abord en y allant. Lorsque quelqu’un me plaît, je lui fais des signes. S’il consent, généralement, la personne s’approche de moi. S’il dit qu’il m’aime, on passe quand-même la soirée ensemble sans rien faire. Après, si je vois qu’il est sincère, j’accepte alors de faire l’amour avec lui « . Depuis près d’un an, Jacqueline est toujours à la recherche de l’âme soeur dans les bars. Plusieurs fois, elle s’est laissé tromper par des Don juan avec qui elle a eu des aventures sans lendemain.

Parfois, elle se console avec quelques poignées de Cfa que ces tombeurs peuvent lui laisser. Deux, trois ou cinq mille francs Cfa. A défaut, elle se contente des moments passés ensemble. Jacqueline se souvient de son premier ami conquis au bar qui est resté avec elle pendant trois jours. C’était au mois de janvier dernier. «Il  » rationnait  » , confie-t-elle.  » Comme j’habitais avec ma cousine, cette dernière lui a fait la cour. Un jour, il a feint d’aller prendre quelques vêtements chez lui, entre temps, il avait indiqué sa maison à ma cousine à mon insu, laquelle n’a pas tardé à le rejoindre le même jour, avec sa complicité, sans doute. Comme la disparition de ma cousine de la maison coïncidait avec le retour de Bob, j’ai vite soupçonné que les deux jouaient contre moi. Elle a passé quelques jours chez lui mais, elle est rentrée avec des blessures suite à une bagarre entre les deux. Ce coup m’a permis de comprendre que ma cousine n’est pas sérieuse. J’ai décidé alors d’aller habiter avec une amie « . Jacqueline affirme par ailleurs que sa cousine en question, est celle qui l’a initiée à fréquenter les bars.

Les femmes mariées, elles aussi, envahissent les bars après leurs tontines du week-end. C’est là que des intrigues se trament contre les autres membres de la réunion. C’est aussi là qu’elles se racontent des histoires des plus sordides, où des confidences des plus délicates se font. c’est au bar que des secrets des plus délicats se dévoilent.

Dans la communauté Haut Nkam de Yaoundé, le cas du couple Nguentcheu fait école. Un jour, après la réunion, un groupe de femmes a fait escale, c’est là où, dans un accès de colère, une amie de Mme Nguentcheu l’a traitée d’infidèle et a raconté publiquement une confidence selon laquelle cette dernière lui aurait confessé que la grossesse qu’elle portait au moment de la dispute, était le fruit d’une relation extra-conjugale. D’autres menus détails ont été racontés pour accabler la future maman. Son mari n’a pas tardé à en être informé et, d’enquêtes en interrogatoires, la vérité a éclaté et le ménage s’est finalement brisé. Les femmes libres restent les plus nombreuses à fréquenter les débits de boisson.

Elles y arrivent en galante compagnie ou non. Dans le second cas, elles finissent par trouver un compagnon sur place. Une compagnon qui, dans la plupart des cas, supporte la note. En contre partie, il a droit à certains les avantages liés à sa générosité. Il existe également des cas, où la femme finance la sortie. Yolande Minéli avoue détester d’être dépendante de l’homme.  » C’est moi qui invite mes amis au bar, se vante -elle. C’est un plaisir pour moi de me distraire ainsi, de voir les gens se saouler et se désaouler. On s’amuse à assister aux bagarres et c’est plaisant de raconter la scène le lendemain, à ceux qui n’avaient pas fait le déplacement . L’ambiance ne serait jamais la même à la maison. C’est ce cocktail d’ambiance entre des voyous et des gens plus civilisés qui créé le plaisir du bar « .

La dose à prendre

Les goûts des femmes sont des plus divers. Les bières les plus chères sont aussi les plus prisées par certaines dames: la Tuborg, la Guiness, et quelquefois les liqueurs. Elles prétendent qu’elles sont les meilleures, qu’elles font « classe » à cause de leurs coûts plus élevés que les autres.  » Il faut élever le niveau, explique Yolande « . Plus l’ambiance est folle, plus on en redemande.  » Big Jo « , un barman, affirme qu’il y a « des dames qui boivent comme des tuyaux, celles-là peuvent prendre six tuborgs en une soirée ». Pour Polyvie, 27 ans, une apprentie-coiffeuse, il lui faut d’abord deux bouteilles de grande Guiness  » pour sentir » qu’elle est au bar.  » Et quand quelqu’un m’y amène pour qu’on s’amuse vraiment, je me rassure au préalable qu’il peut me supporter parce qu’en ce moment là, je bois sans compter. Je ne crains pas de saouler lorsque je suis en bonne compagnie, car en ce moment, mon copain s’occupe de moi « . Patrick, le copain de Polyvie ne trouve aucun inconvénient que sa petite amie boive autant.  » Tant qu’elle est avec moi, j’assume, puisque c’est quand je consens que je l’amène au bar. Chaque fois que nous y faisons un tour, c’est comme si nous nous attachons davantage l’un à l’autre. Notre affection se revigore. L’effet que l’alcool apporte à l’amour est indescriptible. Cela pousse à la folie, c’est-à-dire que parfois, la boisson laisse éclater notre instinct animal en matière d’amour. Ce n’est pas une mauvaise chose… Le lendemain, on prend toute la journée pour se reposer. On est là, l’un à côté de l’autre. C’est tendre, pas de sortie, pas de cuisine, si oui quelques casse-croûtes « .

Mbela Manga : un barman témoigne

Les femmes entrent ici par dizaines au quotidien. Le nombre varie selon qu’on est en journée ou en soirée, selon qu’on se trouve en semaine ou en week-end ou selon qu’on est en milieu de mois ou en fin du mois. En journée, une quarantaine de femmes peuvent entrer dans mon bar. Ce sont, généralement des femmes, qui après leurs courses s’arrêtent pour prendre une ou deux bières. Ce sont également des employées qui, en pause viennent prendre un pot en attendant la reprise. Mais à partir de la soirée, les données ne sont plus les mêmes. Elles sont plus nombreuses, soixante dix environ ou même cent. Sur dix cas, sept sont accompagnées d’un homme. Quand c’est un couple marié ou un couple sérieux, il ne traîne pas ici. Dans l’autre cas, personne ne s’empresse. Les filles qui arrivent seules commencent toujours par prendre un Fanta en attendant de trouver un sponsor pour la soirée. Dès que ce sponsor est trouvé, ce n’est plus le Fanta, mais la Guiness, l’Amstel, ou la Tuborg. Elles boivent sans retenue, autant que le porte-monnaie du sponsor le permette. Une dizaine de petits Guiness peut s’avérer peu à ce moment là pour une seule femme .

Quand l’alcool commence à agir, elles ne se « comportent » plus. Hier soir par exemple, une fille a commencé à caresser son copain ici devant tout le monde, c’est-à-dire que la main de cette  » Waka  » se baladait jusque là où vous pouvez imaginer. Cela ne surprend personne, ni les clients, ni nous mêmes, les gérants. Nous sommes habitués à voir des scènes pires que celles-là. L’homme se laisse aller, mais quand ils veulent exagérer, on les fait sortir.

Parfois, quand deux  » Waka  » convoitent le même homme, les querelles s’en suivent. Il me souvient aussi qu’un jour, un monsieur a garé sa voiture pour venir brutaliser son épouse ici au bar. Il était à peu près 22h. Il semble qu’on lui l’avait appelé pour l’informer que son épouse est ici. De retour d’un voyage, il a tendu son embuscade et a découvert que c’était vrai. Lorsqu’il a fini de la ruer de coups, il s’est mis lui-même à pleurer. Il était dépassé Il n’y a pas longtemps aussi, une autre femme s’est déshabillée entièrement ici à 6h du matin. Elle n’avait plus les esprits en place. Il semble que le matin, l’homme avec qui elle était au bar la veille n’a pas voulu lui payer. Pour échapper, il lui a fait prendre de la drogue. Certaines femmes visiblement responsables viennent au bar avec deux tenues: Une tenue ordinaire, le Caba, la jupe,ou le pantalon. Quand on les voit là, à des heures acceptables, on peut penser qu’elles prennent juste un pot alors qu’elles ont dans le sac, une « tenue d’attaque » qu’elles portent après. Cette tenue est celle qui permet de bien exposer la « marchandise » « .

Ce que les gens pensent

Les avis sont partagés au sujet des femmes qui fréquentent les bars, aussi bien chez les hommes que chez les femmes elles-mêmes.  » Si de plus en plus on réclame, l’égalité entre les deux sexes, il devrait y avoir aussi une égalité sur le plan du comportement « , c’est le point de vue d’un militaire dont le devoir de réserve lui impose de requérir l’anonymat.  » C’est cette doctrine d’égalité de sexe, prêchée par les organismes des nations unies et enseignée en Afrique qui a des répercussions sur le mode vie, continue-t-il. Tant que nos gouvernement ne sauront pas dire non, quand c’est nécessaire, dans l’avenir, on verra pire que cela « . Le même militaire avoue, néanmoins amener parfois la femme au bar.  » Mais cela m’arrive rarement, lors des longs voyages en brousse « . Pour Issa Yaouba, l’alcoolisme féminin est quelque chose d’inadmissible.

Ce fléau est en train de faire aussi des ravages dans la communauté musulmane où des femmes qui ont « avalé » la pudeur passent outre les prescriptions de l’islam. Mais Mbela Manga, le barman, pense qu’il faut agir dès qu’il est encore temps pour décourager les filles.  » Elles commencent par l’alcool, continuent par les cigarettes, puis finissent sous les lampadaires la nuit. Une femme respectueuse ne devrait pas s’arrêter au bar, même pas pour y prendre un Fanta. Plus, elle y va pour prendre seulement un pot, plus, elle y prend goût et y passe plus temps « . Il lui arrive lui aussi d’amener sa petite amie au bar. Mais dans un bar plus sélectif, où les gens se respectent.

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1 commentaire

Publié par le 23 septembre 2009 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Alcoolisme : Enquête sur ces femmes alcooliques en Afrique

  1. marina

    12 juillet 2010 at 1:46

    bonjour,

    je suis très touchée par ce reportage
    je cherche un numéro des alcooliques anonymes en Afrique, pourriez-vous m’aider ?

    merci

     

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