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RDC: L'éventuel départ de la MONUC au centre d'une polémique

03 Déc

Par Emmanuel Chaco

MONUC-HelicoAprès plus de dix ans passés dans le pays, la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) devra présenter un plan de son retrait d’ici le 30 juin prochain. Mais en attendant, elle désengage progressivement ses troupes de l’ouest vers l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Selon des sources proches au cabinet du président congolais Joseph Kabila, «l’est (de la RDC) présente plus d’urgence humanitaire et de besoin sécuritaire».

Sur instruction de Kabila, «la demande de retrait de la MONUC a été faite par Christian Ileka Atoki, ambassadeur permanent de la RDC auprès de l’ONU à New York», affirme un communiqué des Nations Unies dont copie est parvenue à IPS. Le communiqué indique que Atoki «a demandé au Conseil de sécurité de planifier le retrait de la MONUC», ajoutant que «le peuple congolais ne souhaite pas la voir s’éterniser sur son sol».

«Après 50 ans d’indépendance, la RDC doit arrêter de donner l’image d’un pays sous tutelle en maintenant sur son territoire une force qui se comporte comme une souveraineté parallèle», a déclaré à IPS, Jean Kandolo, sympathisant de l’Union des démocrates pour le progrès social (UDPS), un parti d’opposition.

Atoki préconise également «la création d’un Bureau des Nations Unies pour l’Afrique centrale, dont la capitale pourrait être Kinshasa» comme palliatif au vide que laisserait le retrait de la MONUC. Et il ajoute : «Il revient aux seuls Congolais de prendre des décisions stratégiques multidimensionnelles comprenant des mesures militaires et non militaires en vue d’assumer la sécurité, l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national, la bonne gouvernance, la consolidation de l’État de droit et le développement économique du pays».

La MONUC, qui compte près de 20.000 hommes et femmes, militaires et policiers, «n’a pas su prendre la mesure de la protection des civils, notamment pour ce qui est des violences sexuelles alors que, dès 2000, la communauté internationale était bien informée des exactions qui se commettaient contre les filles des provinces orientales, par exemple; ce qui multiplie quatre fois la moyenne nationale de la prévalence du SIDA dans la Province orientale, au Nord et au Sud-Kivu», affirme Atoki.

Joint par IPS, le lieutenant-colonel Jean Paul Dietrich, porte-parole militaire de la MONUC, estime que «le retrait de la MONUC devra faire objet d’une négociation entre le gouvernement congolais et le Conseil de sécurité des Nations Unies. Il ne sera pas question de faire partir une si importante mission du jour au lendemain par simple décision du gouvernement en ignorant qu’elle-même a des droits à faire prévaloir en tant que mission de maintien de la paix».

A ce jour, pour Dietrich, «il s’agira seulement d’un désengagement des troupes de l’ouest vers l’est, où sont déjà concentrés 95 pour cent des forces militaires de la MONUC en vue de faire face aux graves menaces et violations des droits de l’Homme commises par les éléments de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), une rébellion contre le régime politique ougandais, et qui a ses bases arrières dans l’est de la RDC».

«La seule préoccupation de l’ONU en RDC est la protection de la population», mais que «pour autant que le gouvernement soit incapable de prendre les choses en main, ce n’est pas une campagne médiatique du gouvernement qui impressionnera le Conseil de sécurité pour décider du départ précipité de la mission, déclare Dietrich, ajoutant : «Le cinquantenaire de l’indépendance du pays ne peut pas être le grand enjeu!»

«Voilà une manière pour les Nations Unies de se comporter comme dans un pays conquis! Elle a fait son temps. Il est temps qu’elle plie bagages!», s’insurge Jean Amundele, un habitant de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC. «A plusieurs reprises, la MONUC s’est comportée comme s’il lui appartenait de décider à la place des Congolais, comme si elle était dans un pays sans gouvernants».

«Ils ne font rien ici à part rendre enceintes des Congolaises et les abandonner, les violer et recevoir de gros salaires pour lesquels ils n’ont su donner le meilleur d’eux-mêmes!», renchérit Amélie Kayombo, dont une soeur de 22 ans a été engrossée il y a deux ans par un militaire bangladeshi de la MONUC, demeuré introuvable à ce jour.

Mais, Joseph Katanda, enseignant dans une école secondaire privée de Kinshasa, la capitale de la RDC, ne partage pas cette opinion. «La MONUC n’a pas fait que de mauvaises choses. Elle a largement contribué au rétablissement de la paix, à la réussite du processus électoral et au lancement de plusieurs projets de développement et de protection des droits de l’Homme», dit-il à IPS, ajoutant: «Elle a aussi beaucoup contribué pour l’organisation et le renforcement de notre armée et de notre police. Je crois qu’elle a encore un grand rôle à jouer dans ce sens».

Pour Katanda, «la présence de l’ONU est encore nécessaire, même à l’ouest et au nord de la RDC qui sont toujours en proie aux difficultés sécuritaires et aux graves violations des droits de l’Homme».

En effet, «sur plusieurs pans de (la province de) l’Equateur, vous ne trouvez aucun policier et aucun militaire congolais. Seules les forces de la MONUC sont présentes et jouent à la dissuasion contre les crimes et diverses violations des droits de l’Homme», estime, pour sa part, Doug Ikamba, un habitant de Mbandaka dans la province de l’Equateur.

«Le départ de la MONUC de cette province pourrait engendrer une catastrophe s’il n’y a aucun dispositif alternatif. C’est d’ailleurs probablement pour cela qu’une rébellion vient de voir le jour à Dongo, en Equateur», souligne-t-il à IPS. Des affrontements intercommunautaires dans cette région du nord-ouest de la RDC ont fait une centaine de morts, faisant fuir quelque 25.000 personnes réfugiées au Congo voisin.

De toute façon, «toutes les préoccupations exprimées par les Congolais sont légitimes. Mais, pour élaborer une stratégie de sortie de la mission, il faut préalablement régler certains aspects politiques de la gestion de cette mission d’ici à la fin de son mandat en cours, en décembre 2009», reconnaît Lambert Mende Omalanga, ministre congolais de l’Information et des Médias.

«Il faudra, par exemple, organiser le nouvel emplacement du quartier général de la mission, qui devra quitter Kinshasa pour probablement s’installer à l’est? Et ceci est un travail déjà très élaboré», ajoute Dietrich.

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Publié par le 3 décembre 2009 dans Uncategorized

 

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