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Professeur Kalele : «La RDC va commémorer le cinquantième anniversaire de la perte de son indépendance »

30 Jan

PAR PATRICK TSHIAMALA

Carte-de-la-RD-CongoLe professeur Kalele, ancien ministre, s’insurge contre le néo-colonialisme qui se révèle plus dangereux que le colonialisme. Pour lui, le Congo est simplement devenu une colonie internationale. Il souligne que les Congolais doivent se réarmer très sérieusement pour reconquérir l’indépendance de leur pays.

Beaucoup de gens disent encore que c’est une indépendance sur papier que le Congo a eu en 1960. Il n’a jamais été véritablement indépendant. Qu’en pensez-vous ?

Ils n’ont pas tort. Il y a eu un mouvement général qu’on appelle «la décennie des indépendances africaines» qui était venu après la Deuxième Guerre mondiale. Les Africains sont appelés à se battre aux côtés des Européens pour les libérer de l’emprise allemande. Ils découvrent donc qu’ils peuvent aussi demander leur indépendance. Ce qui va suivre, c’est un problème réel compte tenu de la manière dont cette indépendance a été octroyée. Et cela se comprend. On ne connaît pas une puissance coloniale qui n’a pas renoncé aux avantages tirés dans sa colonie.

Prenons l’exemple des Anglais avec les Etats-Unis d’Amérique, ils ne voulaient pas lâcher ces colonies. Après avoir résisté très longtemps, les Belges ont été bousculés, puis ont lâché. Mais vous retrouverez également dans la lettre de Lumumba à sa femme Pauline, la toute dernière lettre, dans laquelle il dit qu’à peine accordée, cette indépendance a été arrachée. Lumumba a été non seulement tué mais il a été empêché de gouverner le pays. Ensuite, sont venues les sécessions katangaise et du Sud-Kasaï, les guerres inter-ethniques. Partout, le pays était ingouvernable. Lumumba parti, il y aura une accalmie. Mais le néo-colonialisme va s’installer et se révélera plus dangereux que le colonialisme. Parce que du temps de la colonie, on construisait des écoles, des hôpitaux, des routes, etc. Mais durant le néo-colonialisme, on ne fait que piller.

Avant que L.-D Kabila qui appartenait à la jeunesse lumumbiste ne cherche à relancer le mouvement dans les années 90, il a eu d’abord Pierre Mulele qui a parlé de la deuxième indépendance. Il a eu ce qu’il a eu. Les puissances coloniales sont revenues pour combattre les Mulelistes. Une étude a même été financée abondamment par le Pentagone pour connaître la sorcellerie, les fétiches, les aliments des Mulelistes et les détruire. C’est comme cela que les Mulelistes ont été liquidés et les autres Lumumbistes poursuivis. Et quand L.-D. Kabila arrive, il tente de recouvrer cette indépendance. on va se débarrasser de lui très vite.

Aujourd’hui, effectivement, le Congo est simplement une colonie de la Belgique, une colonie internationale. Parce que les pays occidentaux ont changé de tactiques. Mais il se fait que, quand les gens revendiquaient l’indépendance, ces pays se confrontaient à plusieurs colonies à la fois. Personne ne pouvait aider personne. Maintenant, la stratégie est de se mettre en place pour coloniser. Aujourd’hui, quand vous touchez à la France, vous touchez aux Etats-Unis, à l’Allemagne, à l’Angleterre, etc.

Vous dites que le néo-colonialisme s’avère plus dangereux que le colonialisme, faut-il que le peuple se dresse contre le néo-colonialisme comme il l’a fait du temps du colonialisme ?

Vous ne pouvez pas aller dans le schéma classique avec la lutte armée ou la non-violence. On ne peut réussir une révolution, sans les masses populaires. Donc, quelle que soit la voie que vous impose la conjoncture politique du moment, vous devez compter avec les masses populaires. Et lorsqu’elles sont mobilisées et politisées, elles dégagent les énergies telles qu’aucun pouvoir oppresseur ne saura résister. Je prends un exemple : qui croyait que les Belges pourraient être chassés de ce pays ? Lorsque le vrombissement d’un véhicule retentissait dans un village, tout le monde fuyait. Lorsqu’un seul Belge en culotte, escorté par deux policiers, faisait oublier aux parents les noms de leurs enfants au recensement, ils étaient fouettés. Après la fessée, ils devaient dire merci !

Mais avec la dynamique populaire dégagée par Lumumba, le peuple s’est mis debout et les Belges ont dû fuir. Il en est de même de Mobutu. Qui pouvait croire qu’il pouvait partir en dépit de tous les fétiches africains et indiens ainsi que de toute la magie mis à sa solde et à celle de ses collaborateurs dans un pacte de sang (Prima curia). Sans oublier l’argent donné dans les cartons. Mais lorsque l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a soulevé les masses, Mobutu a dû quitter la capitale pour se réfugier à Gbadolité. C’est-à-dire qu’on doit donc absolument compter avec le peuple.

Ce peuple-là doit quelque part être encadré. Le travail revient aux formations politiques. Mais elles le font de moins en moins …

C’est une faille. Mais je crois que le plus grand problème est qu’il faut une direction politique – parce que la liberté s’arrache soit par la voie armée, soit non armée – suppose que les chefs ou leaders du mouvement prêchent eux-mêmes par l’exemple. Ce sont des risques qu’il faut prendre et qui peuvent conduire jusqu’au sacrifice suprême. Ce qui nous manque réellement aujourd’hui, c’est ce genre de courage. Les gens peuvent parler, mais ils mettent des gants. Alors qu’il faut prendre des risques dans une manifestation, affronter la police et l’armée et prendre le devant dans une guerre, etc. Nous sommes tombés aujourd’hui dans la civilisation du plaisir, du sexe, de la boisson et de la musique. Il y a un très grand déséquilibre moral. Donc, ce ne sont pas ces leaders efféminés qui peuvent conduire un mouvement révolutionnaire.

Peut-on dire que 50 ans après, les Congolais ont changé en commençant par les dirigeants euxi-mêmes?

Oui, c’est-à-dire nous avons régressé. Nous continuons à régresser avec la civilisation actuelle de la bière.

Mais la bière a toujours existé. Il y a des dirigeants qui prennent toujours la bière …

Oui, mais vous savez que les grands empires à travers le monde sont morts dès que le peuple a été amené dans la voie du plaisir : les femmes et la bière. Il n’est pas interdit de les prendre. I s’agit de se contrôler surtout en temps de guerre. Il faut de très grandes ascèses, de grands sacrifices que nous ne sommes prêts, aujourd’hui, nombreux à consentir. Cela veut dire que, quand on décortique l’histoire mondiale, Dieu ne laisse jamais un peuple éternellement. Il arrive toujours à un moment donné qu’on suscite quelqu’un dans ce peuple qui conduit celui-ci à la libération.

A travers l’histoire, comme le démontre l’ouvrage intitulé «Ces orphelins qui nous dirigent», les gens qui ont fait l’histoire de leurs pays ont eu une jeunesse très compliquée. Ils sont soit orphelins de père ou de mère, ou de deux à la fois, à leur jeune âge. Ou encore, soit ils sont issus de parents extrêmement pauvres. Prenez même le cas de Jésus-Christ. Il est né dans des conditions lamentables. Donc, à un moment donné, vient toujours quelqu’un qui a une mission et qui a arrive au bout de cette dernière.

Faut-il attendre cet homme providentiel ?

Cela ne dépend pas de nous. C’est le fonctionnement du cosmos. Dans les années 20, nous avons eu Simon Kimbangu. Quel niveau d’instruction avait-il? Il n’était même pas chaussé. C’est plus tard, quarante ans après que surgit Lumumba, semi-lettré. C’est plus tard que surgit d’abord Etienne Tshisekedi, intellectuel universitaire et juriste. Son charisme ne lui vient pas de l’université parce qu’il y en a qui ont fait l’université ailleurs et n’ont pas le même charisme et la même combativité. Après lui, Laurent-Désiré Kabila est venu. Qui l’attendait encore? Je crois qu’après Laurent-Désiré Kabila, nous aurons quelqu’un d’autre parce qu’il y a cet appel-là. Et le même cosmos se chargera d’assurer sa protection.

Revenons au néo-colonialisme auquel nous faisons face. Y a-t-il une relation entre ce qui se passe dans la partie Est de la RDC et le néo-colonialisme ?

C’est fondamentalement du néo-colonialisme. Nous avons déjà eu à démontrer à plusieurs reprises que la guerre de l’Est est une guerre économique. Les rapports des experts de l’Onu sur le pillage des ressources naturelles du Congo l’ont réaffirmé. Tous les rapports qui ont suivi font exactement ce constat selon lequel les multinationales et les Occidentaux, à la recherche des matières premières dont le coltan, avaient décidé de faire cette guerre. Ils ont cherché les acteurs et ont pris le Rwanda et l’Ouganda comme mercenaires. Ils ont monté les Banyamulenge contre les autres tribus du Kivu. C’est fondamentalement économique. En janvier 2009, M. Sarkozy a même demandé que nous acceptions de partager les richesses avec les voisins. Mais le travail est confié aux multinationales qui pillent nos ressources. La guerre devient alors du business. La Monuc, présente pour instaurer la paix, ne fait que compter le nombre de civils tués. Par ailleurs, les décisions viennent encore et toujours de l’extérieur. Et plus grave, maintenant, avec la complicité des nationaux civils et militaires.

Quel commentaire faites-vous du mandat de la Monuc qui a été prorogé de cinq mois ?

Nous attendons qu’elle nous présente le chronogramme du retrait. Sans nous consulter, on a établit d’autorité un chronogramme pour que la Mission onusienne reste pendant cinq mois. Ce que les gens ne savent pas, c’est qu’après le 30 mai, ce mandat va encore être prorogé de 12 mois. Pourquoi ne nous consulte-t-on pas ? Nous revenons au néo-colonialisme. Sans avoir restauré la paix, on augmente le nombre des effectifs, sans nous consulter. Cela se décide quelque part ailleurs.

Pour vous, cela ne sert à rien … ?

C’est pour nous dit que nous devons nous réorganiser très sérieusement, nous réarmer très sérieusement pour arracher une deuxième fois l’indépendance qui soit la vraie.

Voulez-vous dire que les autres arrêtent de décider à notre place ?

Le budget vous est imposé. On vous interdit même d’augmenter les salaires. Alors quel type d’indépendance avez-vous ? Je ne sais pas ce qu’on va fêter le 30 juin 2010. Il faut commémorer le cinquantième anniversaire de la perte de l’indépendance. Les réalités sont là …

C’est quand même une grande fête ? On a même décrété 2010 l’année jubilaire. Les Congolais sont quand même fiers de la date du 30 juin ?

Je veux bien. Mais le contenu de cette indépendance est vide. Déjà en 1961, On a tué cette indépendance par la liquidation de ses ténors, par les sécessions, par la désorganisation, par la reconquête économique du territoire, par le placement des dirigeants, par la liquidation systématique de tous ceux qui tentaient s’affirmer autrement. Ne faisons pas de la comédie. L’indépendance est à reconquérir. Vous parler de Mulele avec la deuxième indépendance. Vous citez un livre qui a été présenté par la journaliste belge, Colette Braeckman, c’est titré : «La deuxième indépendance du Congo». Le problème est encore très sérieux.

Mais c’est l’occasion pour réfléchir sur la manière de reconquérir cette indépendance ?

Je suis parfaitement d’accord. Et je me bats dans ce sens.

PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICK TSHIAMALA

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1 commentaire

Publié par le 30 janvier 2010 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Professeur Kalele : «La RDC va commémorer le cinquantième anniversaire de la perte de son indépendance »

  1. Prudent

    30 janvier 2010 at 9:34

    Je suis d’accord avec le prof. Kalele, il faut que les congolais et congolaise que nous sommes nous arrivons a prendre conscience de la réalité. Mais la résposabilité retourne aussi aux intellectuels d’origine congolaise dont les professseurs des docteurs etc.. s’il sont étaient formé prof. docteur etc.. qu’il doivent savoir que d’abord pour Former d’autres elites qui vont assumer les responsabilités pour protèger, construire le pays. comme font d’autres prof. dérenomé dans d’autre pays. Mais ce qui est triste nos professeurs d’origine congolaise ont abandonner leur rôl, ils cours derieur les mietes d’argent, sans se rendre compte que ils ont la responsabilité que Dieu les a donné qui est de former la jeunesse. Bref il nous faut un vrais ledear. Celui qui doit d’abord lui même accepter de courir des risque même au sacrifice de sa vie. Car les peuples suis toujours l’exemple. Quand ya Tshitshi se lévé pour dire Non au vieux maréchal du Zaïre, si nous l’avons suivis d’abord parce que lui même se montré risquant face à un Dsp au service du maréchal. c’est ce courage là qui nous a poussé nous la jeunesse, car ont se dit mais il faut être courager comme ya tshitshi, bien qu’il a travaillé avec maréchal,il fit coredacteur de la manifeste de la nsele mais il a eu courage de risquer la vie pour instaurer la démocratie dans le pays. Voilà ce que nous démandons a nos vieux prof.et docteurs l’argent sans dignité humaine c’est vanité de vanité!Et surtout que cet argents proviens de richesses de votre propre pays, controler par d’autre puissance, alors que ce vous même qui devrais être maître de ces richesses ,au jourd’hui vous devenez esclave! Reflechissons il ne pas vraiment trop tards, Dieu est juste il peu faire de grand prodiges mais avec notre courage, sans la peur. Merci.

     

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