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Cheikh Anta Diop et la Renaissance de l'Afrique noire

14 Fév

Par EMMANUEL KABONGO MALU Doctorant en Philosophie de l’Histoire

Cheil-Anta-DiopIl y a 24 ans mourait Cheikh Anta Diop. Toute son oeuvre milite en faveur de l’unité de l’Afrique noire ; de cette unité, gage de l’indépendance vraie, Cheikh Anta Diop en pose la condition et le cadre : l’Etat fédéral d’Afrique noire ou plus exactement : les « Etats-Unis d’Afrique ».

Aujourd’hui, 24 ans après la mort de Cheikh Anta Diop, la nécessité de la construction d’un Etat fédéral d’Afrique, sous la forme d’une Confédération des Etats Libres d’Afrique dénommée « les Etats-Unis d’Afrique », avec une Autorité supranationale prenant en charge la sécurité commune des biens et des personnes, la recherche panafricaine, l’éducation, les infrastructures panafricaines, l’intégration énergétique, économique etc. Cette construction des Etats-Unis d’Afrique est, aujourd’hui plus qu’hier, plus qu’impérieuse, face à de nouvelles masses géostratégiques que sont les Etats-Unis d’Europe en construction, les Etats-Unis d’Amérique du Nord comprenant les Etats-Unis d’Amérique, le Canada et le Mexique( ALENA) ; les Etats d’Asie comprenant la chine et le Japon( ASEAN) C’est-à-dire des monstres froids qui vont broyer l’Afrique dans sa fragmentation fatale, si hic et nunc, nous ne basculons pas dans la gestion unitaire et fédérale du Continent !

En effet, dès qu’il est affirmé, le principe de l’unité transforme tous les problèmes auxquels l’Afrique s’affronte : par le geste unitaire, un milliard d’Africains créent un marché intérieur plus puissant que l’Europe, l’Amérique et l’ex-URSS réunis ! Par le geste unitaire, l’Afrique renaît et une voie de développement est indiquée, claire, dynamique, convaincante !

Mais la volonté d’unité appartient au politique. En effet, eu égard à l’ossification des petits Etats africains ensevelis dans des micro-nationalismes, les dirigeants africains, depuis l’OUA en 1963 jusqu’à l’Union Africaine en 2004, se montrent incapables d’asseoir un Accord international constitutif d’un pouvoir supranational africain, déterminant ainsi notre continent dans un carcan de faiblesse et d’impuissance.

La volonté d’unité appartient aussi au peuple africain. Celui-ci a besoin d’une mémoire pour affirmer son unité de destin et de la destinée et l’imposer aux dirigeants politiques incapables de prendre, avec responsabilité notre destin historique en charge. C’est la voie révolutionnaire pour sauver l’Afrique.

Comment Cheikh Anta Diop a-t-il formaté, 50 ans durant cette praxis salvatrice de l’Afrique ?

CHEIKH ANTA DIOP :VIE ARDENTE ET PASSIONNEE POUR L’AFRIQUE !

Cheikh Anta Diop est né au Sénégal le 29 décembre 1923 dans la région de Diourbel où se situe le village familial, Caytu, à environ 150 km à l’Est de Dakar.

Cette région est le Baol-Kayoor (Cayor) dont la langue est le Wolof. A l’âge de quatre ou cinq ans Cheikh Anta Diop est d’abord envoyé à l’école coranique à Koki : il passe ainsi les premières années de son enfance en milieu mouride.

En effet, dès sa naissance en 1923, Cheikh Anta Diop hérite d’une grande contestation, celle de son oncle Cheikh Amadou Bamba, le fondateur de l’islam Mouride ! Celui-ci a, en effet, édicté que Dieu étant partout, il n’est pas nécessaire d’aller le prier à la Mecque !Il fonde l’Islam Mouride et la Ville sainte de Touba. Mouride, Cheikh Anta Drop ne portera ni un prénom chrétien ni un nom arabo-musulman. Quant à son grand père Massamba Sassoum Diop, il est grand résistant contre la colonisation française.

Cheikh Anta Diop effectue son école primaire à l’école française où il est inscrit à l’École Régionale de Diourbel. En 1937, il obtient son certificat d’études primaires. La même année, il quitte Diourbel, vient habiter avec sa mère à Dakar dans le quartier de la Médina. Il entreprend alors ses études secondaires au Lycée Van Vollenhoven de Dakar. En classe de troisième, rencontrant des difficultés liées au comportement raciste de son professeur de français, Cheikh Anta Diop quitte Dakar et poursuit ses études à Saint-Louis où il décrochera l’équivalent du baccalauréat première partie.

Il revient de nouveau à Dakar au Lycée Van Vollenhoven en classe terminale correspondant au baccalauréat 2ème partie en Mathématiques (juin 1945), puis en philosophie (octobre 1945).

Cette période lycéenne voit naître ses premières idées d’un projet culturel pour l’Afrique. Celui-ci comporte, entre autres, les traductions en langue Wolof, sa langue maternelle, des textes philosophiques européens, la publication de toute la littérature épique et poétique sénégalaise, la rédaction de l’histoire du Sénégal, qu’il avait du reste déjà entreprise à partir d’enquêtes effectuées sur le terrain.

Pour écrire la langue wolof, il imagine aussi un système de transcription autonome devant pallier les insuffisances de l’alphabet latin. Il destine d’emblée son alphabet à toutes les langues africaines. On discerne dès cette époque chez le jeune Cheikh Anta Diop à la fois une curiosité intellectuelle insatiable, le souci de se doter d’une culture encyclopédique, et les prémisses d’une réflexion se situant à l’échelle continentale africaine, planétaire.

De cette prime enfance à la fin de l’école secondaire, Pathé Diagne écrit : «Une bonne part de la clef de l’oeuvre de Cheikh Anta Diop provient de son éducation mouride et des influences qu’il a subies à l’époque de son adolescence à Saint-Louis, capitale politique du Sénégal à l’époque, ville municipale de « citoyens actifs ». C’est là qu’il sera intéressé à la littérature panafricaniste des années 1920 et 1930, aux thèmes de l’Egypte nègre, de l’indépendance, de l’unité continentale, de la culture et des langues africaines, que ses précurseurs développent dans la presse et littérature de cette époque. En 1943, quand il se mobilise contre Giraud et De Gaule, passe, après un baccalauréat mathématique, un baccalauréat de philosophie, il a déjà des idées très claires sur ses objectifs et les obstacles qu’il allait rencontrer. Son séjour parisien l’aide à préciser son dessein. Mais dès le début, il eut une vision globale de ce qu’il projeta de faire et, qui n’eut jamais été fait de manière systématique. Son oeuvre couvrira tout un espace. Elle ira de la physique à l’Egypte, de l’intégration économique à la renaissance culturelle, de l’unité politique du continent à la géopolitique et au futurisme. Il orienta tous ses efforts dans ces options. C’est ce qui explique la rapidité de son rythme de production et sa fécondité exceptionnelle entre 1947 et 1960 » (Pathé Diagne, Cheikh Anta Diop et

l’Afrique dans l’histoire du monde, Paris, 1997, p.9.)

L’ITINERAIRE EUROPEEN : 1946-1960 : UNE DOUBLE FORMATION EN SCIENCES HUMAINES ET EN SCIENCES EXACTES.

Décidé à entreprendre des études supérieures, Cheikh Anta Diop embarque pour la France, en avril 1946. Son but étant de devenir ingénieur des constructions aéronautiques, il entre, à l’automne 1946, en classe de Mathématiques supérieures, au Lycée Henri IV, à Paris. Il s’inscrit également à

La Sorbonne, en vue de la préparation d’une licence de philosophie. Il poursuit parallèlement ses travaux en linguistique. Il fait la connaissance de Henri Lhote, le découvreur des fresques du Tassili,au Sahara, lequel écrit un jour au proviseur du Lycée Henri IV afin d’excuser l’absence de Cheikh Anta Diop pour cause de recherches linguistiques ! Il rate sup-math et intègre l’école de chimie et physique de Paris. Il lit Hegel, Marx, Goethe. Il visite l’Allemagne et tant d’autres pays occidentaux.

Sa vocation africaine prend le dessus. En 1947, à la naissance de « Présence Africaine », il publie ses premières études ouloves. En 1948, il publie dans Musée Vivant «Quand pourra-t-on parler de la renaissance africaine ?».

Et, en 1949, il s’inscrit en thèse d’Etat à La Sorbonne. Son promoteur est Gaston Bachelard, le père du rationalisme français. Sa thèse principale a pour intitulée : «L’Avenir de la pensée africaine». Sa thèse secondaire, sous la direction du Marcel Griaule a pour intitulée «Qu’étaient les Egyptiens prédynastiques ?». Cette thèse pose problème et on ne réussit jamais à réunir un jury pour la discuter ! C’est pourquoi, en 1954, il publie ces deux thèses non défendues sous la forme d’un livre fondamental : «Nations Nègres et Culture» qui porte toute sa pensée.

C’est au mois de janvier 1960 que Cheikh Anta Diop soutiendra finalement sa thèse d’état en Lettres. Il est le premier égyptologue africain .Il est aussi diplômé en chimie et physique. Il est archéologue, linguiste et historien. Sa pensée s’articule autour d’une quête existentielle : comment sauver l’Afrique de la disparition préparée par quatre siècles de traite négrière,accentuée par l’esclavage et en achèvement par la colonisation qui a morcelée, défigurée et fragmentée notre Afrique, notre espace vital ?

LE CANCER NEGROPHAGE ET LA NEANTISATION DE L’AFRIQUE NOIRE

Dans un premier temps, Cheikh Anta Diop constate que l’Afrique a été, pendant six siècles victime des cataclysmes et d’une expérience unique de néantisation qui l’ont dépersonnalisée, déstructurée, aliénée, impuissancisée, préparant ainsi le lit de ce sous -développement endémique.

Les catastrophes constitutives de l’expérience de néantisation de l’Africain sont : la traite négrière transatlantique, l’esclavage, la colonisation et l’aménagement néocolonial. 6 siècles d’inhumanité !

En effet, depuis le 14ème siècle,- période qui caractérise les Nouvelles relations de l’Afrique noire avec l’Occident dans les temps modernes,-les Africains ont été soumis à une grande et unique expérience de Néantisation- unique par son ampleur, sa violence et sa persistance dans le temps avoisinant la pérennisation, expérience unique de néantisation au travers la traite négrière suivie de la colonisation ainsi que de l’aménagement néocolonial dont la mondialisation est la clef de voûte comme stade suprême de l’impérialisme .

L’expérience de néantisation, idéologiquement basée sur le projet de domination de la race blanche, – la légitimité de principe de la domination coloniale invoque le droit supérieur des peuples capables de mettre en valeur les richesses naturelles au profit de l’humanité entière ! (Salkin) – s’exerce avec une extrême violence symbolique et matérielle.

La violence qui caractérise cette longue tradition d’abus que sont la traite négrière, l’esclavage, la colonisation et l’aménagement néocolonial qui prépare la mondialisation en tant que stade suprême de domination et d’exploitation en marchandisant l’homme Noir désormais vendu comme un objet, en nous dépossédant de nos terres ,de nos oeuvres d’art et de nos richesses du sol et du sous-sol , – a détruit nos structures étatiques d’organisation,perturbé notre évolution historique et a eu pour effet recherché la désorientation de tout notre être en détruisant sciemment notre mémoire historique et notre conscience humaine générique en tant que pouvoir de conception, de signification, de pensée et de réalisation, verrouillant ainsi notre capacité d’innovation et notre esprit de créativité, caractéristique suprême de l’être humain. L’expérience de néant ne fut pas seulement une oeuvre de dépossession matérielle !

La violence symbolique sous tendue par l’Idéologie négatrice du Noir, loi de production comme légitimation des inégalités,des discriminations et de l’exploitation, caractérisée essentiellement par l’herméneutique dévalorisante du nègre au travers les Sciences du Sauvage ainsi qu’au travers une littérature occidentale dévalorisante du nègre a aussi eu pour effet recherché de nourrir, auprès du nègre asservi et corvéable à souhait parce que sans passé et sans histoire, un imaginaire pathologique qui nous handicape parce que projetant de nous même une image négative dénuée de toute confiance en nous-mêmes et de toute fierté, c’est-à-dire un nègre exclu de la société de confiance comme le distillent les puissants médias occidentaux qui ont fait de l’Afrique noire le réservoir du sida, de la malaria et de toutes les maladies handicapantes ! Tout ce processus savamment distillé participe au renforcement de l’idée de l’incapacité congénitale du nègre, à l’imputation de sa conscience historique comme conscience de l’être au monde et au renforcement de l’imaginaire pathologique donc, en définitive, au développement du sous-développement en tant que processus de dépréciation de soi à soi. En effet, chaque peuple incarne une certaine volonté de puissance. Si cette fierté est vaincue et si cette volonté de puissance est « gelée »,ce peuple est réduit à rien. Ainsi, la traite négrière, l’esclavage, la colonisation et l’aménagement néo-colonial tendent-ils à briser la fierté et la volonté des peuples dominés en faussant leur histoire.

Cheikh Anta Diop constate aussi que La pérennisation du sous-développement s’effectue au travers la conscience politique hétéronomique, dont est dotée la classe politique africaine, laquelle est caractérisée par l’extraversion des intérêts matériels et immatériels, l’abandon à l’Occident de l’organisation matérielle de nos sociétés, avec pour conséquence la stérilisation de nos capacités humaines d’innovation et de création.

En termes clairs, la classe politique dirigeante africaine est dotée d’une conscience politique non autonome, supra-nationale donc dépendante des intérêts étrangers à l’exclusion des intérêts de peuples dont elle a pourtant la charge historique. Tandis que les peuples africains, coupés de leur histoire, ignorent les règles constitutionnelles qui ont prévalu dans la gestion de leur société et, en conséquence, considèrent les régimes néo-coloniaux qui président à leur destinée comme des entités autonomes, ne devant pas leur rendre compte !

D’où le paradoxe de l’Etat africain post-colonial : là où on l’attendait comme l’agent de développement de l’Afrique, il se donne à voir comme l’agent de la stagnation de l’Afrique.

En conséquence, la diachronie tragique et la paralysie ontologique qui caractérisent le vécu des Africains depuis plusieurs décennies a une traçabilité historique : elles sont l’effet d’une aliénation.

DANS UN DEUXIEME TEMPS, CHEIKH ANTA DIOP PROPOSE COMMENT S’EN SORTIR !

Comme pour tout peuple victime de l’expérience de néantisation, c’est-à-dire l’expérience de n’être rien, la remontée vers l’être se conçoit comme une renaissance, une reconstruction mémorielle.

Aussi, pour Cheikh Anta Diop,la seule façon de nous guérir de cette mémoire jonchée de débris, c’est de recouvrer notre mémoire historique, celle-ci va restituer notre autonomie à la conscience politique et celle-ci ,en tant que conscience autonome, va construire l’État fédéral africain, seule voie pour l’Afrique de survivre face à une mondialisation féroce et face à un réaménagement géostratégique qui voit naître de nouvelles et grandes masses géostratégiques comme l’Union européenne, l’ALENA ,l’ASIAN, etc.

Cette réappropriation de soi à soi, se donne à voir dans une occurrence conceptuelle, de caractère civilisationnel, dénommée ‘Renaissance Africaine ».

Ce concept, dont les sources philosophiques remontent au 17ème siècle, à Guillaume Antoine Amo, le premier philosophe africain des temps modernes, comme rejet de l’esclavage, va constituer l’idée force du Panafricanisme, voire sa finalité même.

En effet, si le Panafricanisme se déploie comme refus et rejet de toutes les oppressions qui pèsent sur l’homme Noir, le Panafricanisme c’est aussi l’apologie d’une Afrique immémoriale à construire, sur les terres africaines comme l’État de Nègres du monde entier.

L’originalité de notre auteur est d’avoir fourni à ce concept de refus du cancer négrophage qui nous nie toute historicité pour mieux nous asservir,et au projet d’exaltation d’une Afrique immémoriale grandiose comme refus du Néant, – les conditions objectives de la transformation du concept renaissance africaine en une Praxis c’est-à-dire que la restitution de l’historialité africaine restaure l’autonomie de la conscience politique comme espace d’organisation d’un État multinational africain- répondant ainsi, désormais aux intérêts de vie et de survie du peuple africain.

C’est pourquoi, 50 ans durant, C.A.Diop s’est astreint à doter la renaissance africaine de conditions objectives de sa mise à jour, en établissant : au niveau historique, la continuité historique entre l’Égypte pharaonique, post pharaonique et l’Afrique noire ; au niveau culturel, l’homogénéité culturelle des peuples noirs depuis la plus haute antiquité jusqu’à ce jour et cela sur les éléments constitutifs de la personnalité culturelle que sont : relation avec autrui,avec les choses,avec la nature,avec les sciences, avec les techniques -l’unité culturelle de l’Afrique noire asseoit de façon émotive et objective le continentalisme et le fraternalisme constitutifs de l’intégration sociologique des peuples africains, prélude à l’intégration économique et politique; au niveau linguistique en établissant la parenté génétique entre les langues africaines et la langue pharaonique ; l’unité linguistique étant, pour C.A.DIOP ,l’élément consolidant et de l’homogénéité culturelle et de l’État fédéral d’Afrique noire. Ceci fondant une communauté de destin qui ne peut se réaliser que dans la constitution dans d’un macro-Etat fédéral multinational.

Comme l’écrit C.A.Diop «Tandis que nous pouvons construire un État fédéral africain à l’échelle du Continent noir sur base de notre unité historique, psychique, économique et géographique, nous sommes obligés, pour parfaire cette unité nationale, pour la fonder sur une base culturelle autochtone moderne, de recréer notre unité linguistique par le choix d’une langue africaine appropriée que nous élevons au niveau d’une langue moderne de culture. L’unité linguistique domine toute la vie nationale. Sans elle, l’unité nationale et culturelle n’est qu’illusoire, fragile. Les tiraillements culturels de la Belgique le prouvent (Cheikh Anta Diop, Fondements économiques et culturels..,pp.18-19.).

La construction fédérale, bien assise sur nos assises communes historiques et culturelles, est encore plus impérative et plus actuelle parce que répondant aux besoins de la sécurité collective : « La sécurité précède le développement », écrit C.A.Diop .Selon lui, les Etats africains ne peuvent sérieusement envisager le développement matériel de leurs sociétés sans réaliser au préalable leur sécurité militaire : «Un continent qui ne peut assurer sa propre sécurité militaire, qui ne contrôle pas en particulier son espace atmosphérique et cosmique, n’est pas indépendant,et ne peut pas se développer ».

Concernant le mode d’organisation de la sécurité militaire des projets africains de développement économique, C.A.Diop pense que celui-ci, pour être viable, se doit d’être collectif, c’est-à-dire aménagé dans le cadre d’Etat fédéral. Cela permettrait de garantir notre sécurité qui est un préalable à toute politique de développement. Interviewé, en Avril 1985, à Brazzaville, lors du Colloque International sur le Centenaire de la Conférence de Berlin, par Congo Magazine, C.A.Diop dit «Nos petits Etats, c’est la misère endémique,l’insécurité permanente,c’est le sous-développement La fédération est une formule efficiente .seule une fédération permettrait aujourd’hui d’avoir un moyen nécessaire pour agir à l’échelle des exigences de l’ère cosmique. Il faut avoir le courage de poser ce problème, la lucidité de le faire. Même l’égoïsme lucide milite pour une fédération. ». A la question du pourquoi faut-il tant rechercher l’unité africaine, il répond : « Parce qu’il faut choisir entre l’existence et la disparition. Au siècle de la conquête de la lune et du système solaire,en dehors du continent européen,la seule forme d’existence étatique viable,sans faiblesse et anarchie endémique,est le macro-Etat fédéral multinational,formant un ensemble politique économique solide capable de résister à la pression des monstres extérieurs » .

Aujourd’hui, avec une République démocratique du Congo en démantèlement, les Africains comment à comprendre que le processus de sud-américanisation guette l’Afrique.

STADES D’EFFECTUATION

Comme pour toute renaissance, celle-ci est d’abord et concomitamment une renaissance culturelle, scientifique, économique et politique. Chez Cheikh Anta Diop, la renaissance culturelle est en cinq étapes : la restitution de l’histoire africaine scientifiquement attestée restaure la conscience politique autonome (en situation d’autonomie, la conscience n’agit qu’en fonction de règles et lois permettant sa survie), et celle-ci en tant que cadre organiseur de l’espace politique africain construit l’Etat fédéral africain comme réponse raisonnée et efficace à six siècles d’exploitation et comme réponse africaine aux nouvelles masses géostratégiques.

Il s’agit de l’usage, au niveau local, national et continental des langues africaines pour raffermir notre identité culturelle africaine ; la mise en place des humanités égypto africaines pour réconcilier les Africains sur base du pharaonique et inscrire dans les mythes la pharaonité africaine ; l’usage des instances d’intériorisation que sont les structures éducatives, le cinéma, le théâtre ,le roman pour raffermir la conscience africaine ; et la critique de la raison culturelle africaine comme espace de rupture et d’intégration.

La renaissance scientifique est dépendante de la réappropriation de la mémoire scientifique africaine qui permet d’inscrire l’histoire des sciences comme discipline africaine et de s’approprier toutes les sciences qu’on considère comme étrangères ; l’appropriation historique inférant notre communauté de destin va financer, en tant qu’entité autonome la recherche scientifique au niveau panafricain, organiser celle-ci au niveau continental en dotant l’Etat fédéral des instituts scientifiques qui transforment le monde.

Quant à la renaissance économique, visant l’intégration énergétique, infrastructurelle, elle est dépendante de la restitution de l’histoire des économies africaines précoloniales, lesquelles renvoient à l’organisation des ensembles et restaurent notre fraternalisme et notre continentalisme précoloniaux qui préfigurent l’intégration des économies africaines comme renaissance économique de l’Afrique.

La renaissance politique africaine n’est possible que dans la construction d’un Etat fédéral d’Afrique. L’histoire politique et organisationnelle de l’Afrique nous renvoie à l’unité des Africains depuis la Nubie et l’Egypte anciennes jusqu’aux grands empires et royaumes continentaux. Cette histoire nous rappelle aussi que tant que les Noirs d’Afrique sont restés politiquement unis, ils ont gardé le volant de l’Histoire. Ils étaient sujets de l’Histoire.

C’est pourquoi, il est nécessaire que se constitue en Afrique une véritable intelligence sociale comme espace de production et de diffusion des pensées, des schèmes d’action autour du projet de notre vie ? Qui est celui de la renaissance africaine conçue comme construction de l’Etat fédéral africain c’est -à- dire comme seule condition pour l’Afrique de redevenir un centre d’initiatives politique, économique, scientifique et culturel. Ainsi, Cheikh Anta Diop ,fils d’Osiris et d’Isis,l’enfant de la « Veuve » pourra traverser le Fleuve.

EMMANUEL KABONGO MALU Doctorant en Philosophie de l’Histoire à l’Université catholique du Congo ; président du centre panafricain Cheikh Anta Diop pour la renaissance de l’Afrique

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1 commentaire

Publié par le 14 février 2010 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Cheikh Anta Diop et la Renaissance de l'Afrique noire

  1. Mouélé Kibaya

    15 février 2010 at 1:20

    Bravo pour ce travail de vulgarisation, je vais le publier sur mon blog http://lepangolin.afrikblog.com
    Mouélé Kibaya

     

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