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RDC: Le point d'achèvement menacé par la mise en circulation des billets à valeur faciale élevée ?

07 Avr

Par C. Malingumu Syosyo Ass. Unikin et Enap-Kin

Franc-congolaisL’idée de la mise en circulation des billets de banque à valeur faciale élevée ne cesse de défrayer la chronique, d’inspirer le débat dans la rue, le discours politique ou scientifique. Des sources dignes de confiance renseignent que la Banque centrale du Congo entrevoit de mettre en circulation des billets à valeur faciale élevée (avec l’émission des coupures de 1.000 et probablement de ses multiples) et cela d’ici avant la fin juin 2010. D’emblée, une question mérite d’être posée. Qu’est-ce qui justifie cet acharnement autour du projet de lancement des coupures à valeur faciale élevée ?

Depuis la dernière mission du Fonds Monétaire internationale à Kinshasa, en février 2010, des rumeurs courent au sein de l’institut d’émission, selon lesquelles la Banque centrale du Congo envisagerait, dans les prochains jours, de mettre enfin en circulation des nouvelles coupures de 1.000 Fc, 5.000 Fc, 10.000 Fc et 20.000 Fc. Au plan économique, la Banque centrale, par sa voix la plus autorisée, justifie l’émission et la mise en circulation de ces signes monétaires, par la réforme de la structure de la circulation fiduciaire du fait de l’accentuation du phénomène de dollarisation, de la reprise de l’activité économique, après une année de crise financière et économique mondiale, de l’accroissement de la demande de la monnaie et de la commodité que lui procure ces nouvelles coupures face à l’approvisionnement en francs congolais de ses multiples succursales réparties sur le territoire national.

A cette argumentation, nous pouvons ajouter deux autres raisons qui furent avancées lors de la première tentative de mise en circulation des billets à valeur faciale élevée en 2004 : la nécessité d’adapter les signes monétaires à l’évolution des prix de la monnaie nationale par rapport à la valeur de la devise américaine, l’impératif de rendre commode des transactions et le souci de rationnaliser les coûts d’impressions des billets.

Bien que l’argument avancé par la Banque centrale du Congo parait économiquement soutenable, il convient toutefois de nous interroger si le contexte macroéconomique actuel permet de rendre envisageable une telle opération. Il nous semble que l’opération de mise en circulation des billets à valeur faciale élevée n’est envisageable que dans un contexte de stabilité économique garantie et durable sinon, l’on exposerait l’économie congolaise dans un « tourbillon inflationniste » et hyper « dépréciationniste » comme ce fut le cas au cours de la décennie 1990 avec la mise en place de billets de 200.000 NZ, 500.000 NZ, 1.000.000 NZ et 5.000.000 NZ, ayant entraîné la paupérisation de la population congolaise. Serait-il approprié d’envisager cette opération actuellement ? Qu’en est-il au juste de l’environnement macroéconomique actuel ?

Selon la note de conjoncture du 22 mars 2010, le premier trimestre 2010 est caractérisé par une relative stabilité du cadre macroéconomique. Pour mois de janvier 2010, par exemple, les deux premières semaines ont été marquées par des surchauffes observées au niveau des prix intérieurs et du taux de change. Cette surchauffe est consécutive aux effets des déficits du secteur public évalué à 126,1 milliards de francs congolais à fin décembre 2010 (dont 73,3 milliards du gouvernement et 52,8 milliards de la Banque centrale ; pour ce dernier déficit c’est non pris en compte la subvention du gouvernement à l’institut d’émission évaluée à 74,4 milliards de francs congolais). Cet important déficit a entraîné une accélération des tensions inflationnistes de 53,44 % à fin décembre 2009 et dont les effets se sont poursuivis en janvier 2010. Ces tensions inflationnistes ont été fertilisées et fermentées par les émissions monétaires sans commune mesure avec les besoins de l’économie.

Pour atténuer un tant soit peu ces tensions, la Banque centrale du Congo a du intervenir sur le marché de change, en date du 28 janvier 2010, par la vente de devises pour un montant de 10,0 millions de dollars américains au taux de 920 FC le dollar. Cette action a permis de ponctionner 9,2 milliards de francs en circulation et de détendre les marchés des biens et services ainsi que des changes. Le taux mensuel d’inflation a été de 3,2 % contre 8,33 % en janvier 2009 et la monnaie nationale ne s’est dépréciée que de 1,9 % à fin janvier contre 10 % une année plus tôt.

Bien que la situation des finances publiques, à fin janvier 2010, renseigne que l’exécution des opérations financières a permis de dégager un excédent de 27,1 milliards de francs congolais, soit la différence entre les recettes de 125,3 milliards de francs contre des dépenses de 98,3 milliards. Toutefois, il convient de préciser que l’exécution du Plan de Trésorerie de la BCC renseigne un déficit global de 10,97 milliards de francs. Il convient en outre de relever que les paiements d’urgence ordonnés par le Trésor mais non couverts par des titres appropriés totalisent environ 160 milliards de francs et les commissions y afférentes non prélevées par la BCC se chiffrent à 2,4 milliards de francs. Qu’en est-il de la situation macroéconomique au cours du mois de mars 2010 ?

Les données disponibles renseignent qu’au 19 mars 2010, les excédents budgétaires cumulés sont de l’ordre de 39,54 milliards de francs congolais. L’inflation annualisée se situe à .au cours du mois de mars 2010, le taux de change qui a clôturé le mois de janvier à 920,3 Fc/le dollar baisse à 900 Fc/le dollar à fin mars 2010. Dans un tel environnement macroéconomique quelque peu apaisé et où la stabilité monétaire n’est ni totalement retrouvée ni garantie à court terme, serait-il économiquement rationnel d’envisager l’émission des billets à valeur faciale élevée ?

En outre, faudra-t-il ne pas apprécier les sacrifices immenses que le peuple congolais a consentis à supporter pour permettre au pays de se décharger de son lourd fardeau de la dette extérieure ? Un peu plus de patience ne serait-il pas le moindre mal ? Qui connait, à l’heure actuelle, quelle serait la réaction les agents et acteurs économiques congolais dès la mise en circulation des billets à valeur faciale élevée ? La mémoire inflationniste (entendez par là, les anticipations inflationnistes ayant pour fondement le passé récent) aidant, la situation macroéconomique risquerait de dégénérer et conduire au mythe de Sisyphe, c’est-à-dire à un perpétuel recommencement.

LES BILLETS A VALEUR FACIALE ELEVEE SONT-ILS INFLATIONNISTES ?

L’annonce de la mise en circulation des billets à valeur faciale élevée a toujours suscité un débat au sein de l’opinion publique pour qui ces billets ont toujours été inflationnistes. Ils estiment que chaque fois qu’une nouvelle coupure à valeur faciale plus élevée est injectée dans l’économie, il s’en suit une hausse immédiate des prix sur les marchés des biens et services, et une dépréciation du taux de change de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères. Est-il vrai que ces billets sont source d’inflation ? La réponse est non. Théoriquement, la hausse des prix, mieux l’inflation vient du fait que l’injection de nouvelles coupures à valeur faciale élevée occasionne un accroissement de la masse monétaire sans une contrepartie en termes de production nationale, créant ainsi un déséquilibre au sein de l’économie. Déséquilibre qui se trouve corrigé par le mécanisme d’ajustement à la hausse des prix et une dépréciation de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères.

Une seconde condition, non la moindre, est que la mise en circulation de billets à valeur faciale élevée, ne peut être envisagée que dans un contexte de stabilité économique garantie et durable. En aucun cas, le lancement ne doit se faire en période d’expansion budgétaire financée par la création monétaire, comme se fut le cas en décembre 2009. D’ailleurs, au regard des expériences de la décennie 1990, les opérateurs économiques au Congo-Kinshasa ont appris à se prémunir contre les conséquences de l’inflation. Non seulement par la détention des valeurs refuges, mais surtout en anticipant l’inflation. Or, il est bien établi que les anticipations se nourrissent de souvenirs, c’est-à-dire qu’elles sont fondées sur l’expérience vécue. Le taux d’inflation actuel étant fonction de ce qu’a été l’inflation dans un passé récent. Dans ce domaine, les gens ont vite appris aussi à associer les vibrations des prix aux augmentations de la masse monétaire.

Vu l’expérience de l’institut d’émission au cours de la décennie 1990 qui poursuivait une politique d’expansion monétaire effrénée. Celle-ci s’est toujours opérée essentiellement par la mise en circulation successive des billets à valeur faciale élevée. Dès lors, comment ne pas comprendre, dans un contexte d’instabilité macroéconomique, que le public risquera d’associer toute élévation de la valeur faciale des billets à l’accroissement de la masse monétaire ?

Et à interpréter toute émission répétée du genre comme une atteinte directe à la stabilité des prix, mieux à leur pouvoir d’achat ? N’oublions jamais que les agents économiques ne sont ni myope ni aveugle ni amnésique.

Dès ce qui précède, l’impératif d’atteinte du point d’achèvement devrait retenir l’attention des autorités et les éviter de courir le risque d’une déstabilisation inutile du cadre macroéconomique aux « effets de boomerang ».

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Publié par le 7 avril 2010 dans Uncategorized

 

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