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Là où les murs des écoles sont en plastique

26 Juil

Source: IRIN

// Il fait beau, aujourd’hui, à l’école primaire de Mashango, dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC). C’est une bonne nouvelle pour Dusaba Mbomoya, institutrice, qui donne une interrogation de géographie sous un toit rongé de trous, dans une salle de classe dont les murs, en morceaux de plastique, claquent au vent. Ici, même le tableau est percé de trous si larges que les élèves peuvent regarder au travers.

« Lorsqu’il pleut, nous autorisons les élèves à rentrer chez eux », a expliqué Mme Mbomoya. Ceux qui veulent rester à l’école le temps que la pluie cesse de tomber se réfugient parfois dans les latrines, construites récemment par un organisme international.

La situation déplorable de Mashango se reflète dans d’autres écoles des quatre coins de la RDC. Elle est la conséquence de la guerre, mais aussi du manque chronique de fonds accordés au système éducatif – à peine huit pour cent du budget national annuel est alloué à l’éducation, selon la Banque mondiale. Mashango n’a ni eau, ni électricité, et ne dispose que de quelques livres. La plupart de ses salles de classe sont obscures et tombent en ruines, et le matériel d’enseignement y est limité.

Face au désengagement du gouvernement, Save the Children estime que les parents sont contraints de financer 80 à 90 pour cent de l’enseignement public hors de Kinshasa, la capitale, et ce alors qu’en vertu de la Constitution adoptée en 2006 par la RDC, l’éducation élémentaire est censée être gratuite.

Les salaires des enseignants ne sont pas versés : les parents doivent donc contribuer à rémunérer ces derniers par le biais de frais de scolarité mensuels d’un montant d’environ cinq dollars par élève.

Les familles étant nombreuses et le revenu mensuel moyen atteignant à peine 50 dollars, ces frais de scolarité sont tout simplement inabordables pour de vastes segments de la population congolaise – avec les graves conséquences que cela implique. Selon les estimations de Save the Children et d’autres, près de la moitié des enfants congolais, soit plus de trois millions d’entre eux, ne sont pas scolarisés et un enfant sur trois n’a jamais franchi le seuil d’une salle de classe.

Selon les statistiques 2008 de la Banque mondiale, le taux d’inscription à l’école primaire atteint 58 pour cent, et le taux d’abandon au cours de la première année s’élève à 20 pour cent. Seuls 29 pour cent des élèves de RDC valident leurs six premières années scolaires.

Venant Nkunda Banyanga, directeur de l’établissement d’enseignement secondaire Kasasa de Kiwanja (dans la province du Nord-Kivu, à une centaine de kilomètres de Goma), compatit avec les parents qui n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école. Mais il ne peut tout simplement pas garder les élèves qui ne paient pas.

« Les enseignants sont censés toucher 50 dollars par mois, mais si l’on nous en verse 40, on peut déjà s’estimer heureux, et ce sont les parents qui nous les payent », a-t-il dit ; en outre, a-t-il ajouté, les parents d’élèves qui n’ont pas les moyens de s’acquitter des frais de scolarité se montrent parfois agressifs envers les enseignants. Certains ont été agressés.

Les recherches de Save the Children ont révélé que le salaire des enseignants était tellement bas et tellement irrégulier que nombre d’entre eux avaient d’autres emplois, entre autres dans le secteur de l’agriculture, ce qui les éloignait des salles de classe et de leurs élèves.

La situation est particulièrement grave au Nord-Kivu, où des centaines de milliers de personnes ont été déracinées par plusieurs années de guerre. Certains habitants vivent dans des camps de déplacés ; c’est le cas de Laurent Rumvu, dont aucun des cinq enfants en âge d’être scolarisés ne va régulièrement à l’école. N’ayant pas de travail, M. Rumvu n’a tout simplement pas les moyens de les scolariser.

« Nos enfants ne vont pas à l’école. Nous n’avons pas assez d’argent pour payer les frais de scolarité », a déclaré Laurent Rumvu, qui vit depuis 2008 dans un camp pour personnes déplacées à Kiwanja, sur le territoire de Rutshuru.

Saccagées

Les écoles de la région sont restées fermées pendant plusieurs mois fin 2008 et début 2009, lorsque des affrontements entre les soldats rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP – aujourd’hui converti en parti politique) et l’armée congolaise ont éclaté, semant le chaos au Nord-Kivu. Les écoliers ont été recrutés de force dans les écoles par les milices et l’armée, qui ont en outre abattu ou enlevé des élèves et des enseignants, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Les écoles ont été saccagées et nombre d’entre elles ont été occupées soit par des soldats, soit par des personnes déplacées.

A Mashango, Muhindo Mulenda, le directeur, a expliqué que des personnes déplacées dormaient dans les salles de classe le soir, quittant les lieux durant la journée pour permettre aux élèves de poursuivre leurs leçons. Les déplacés ont brûlé des pupitres et des chaises pour faire du feu, contribuant ainsi au délabrement des lieux, déjà en piteux état. Après la guerre, a-t-il dit, l’école comptait 120 élèves en moins.

A Kasasa, les soldats du CNDP ont occupé l’école pendant plusieurs semaines, accaparant des livres et causant des dégâts. Certains élèves ont été tués pendant les affrontements, d’autres ont subi des traumatismes, selon M. Nkunda. « Evidemment, la guerre a eu des répercussions », a-t-il affirmé. « Imaginez aller à l’école après le meurtre de vos parents ».

Scolariser de nouveau les enfants déplacés est une priorité pour les organismes internationaux, notamment le Norwegian Refugee Council (NRC). Pour Ulrika Blom Mondlane, directrice nationale de l’organisme en RDC, l’école préserve les enfants de la violence et de la maltraitance, et procure un sentiment de normalité à ceux qui ont été déracinés.

Pour aider les enfants déplacés à rattraper leurs camarades, le NRC offre un programme intensif de travaux dirigés à l’attention des personnes déplacées âgées de 13 ans et plus. L’organisme a également construit 15 écoles et formé des professeurs recrutés au sein même des camps pour enseigner aux enfants déplacés.

« L’éducation est extrêmement importante pour l’avenir du Congo », a expliqué Mme Mondlane. « Compte tenu du grand nombre d’enfants déplacés, il est extrêmement important d’investir dans l’éducation en cette période de crise humanitaire ».

« Un mauvais gouvernement »

Shirambere Tibari Menya, 22 ans, est étudiant à Kasasa ; il a perdu quatre années de scolarité à cause de la guerre.

Au cours des affrontements de 2008, le jeune homme a fui pour se réfugier en Ouganda ; il aura bientôt validé sa dernière année d’enseignement secondaire. Mais il lui reste un obstacle à surmonter : une série unique d’examens de fin d’études que tous les élèves de RDC doivent passer pour obtenir leur diplôme. M. Menya est convaincu qu’il les réussira et souhaite entreprendre, par la suite, des études de médecine ; toutefois, a-t-il dit, sa famille n’a pas les 12 dollars requis pour pouvoir passer les examens.

« Je n’accepte pas de devoir perdre encore un an, mais vous voyez bien que nous étudions dans des conditions déplorables », a-t-il déclaré. « La principale activité de nos parents est d’aller dans les champs, mais ils se font violer et agresser, alors nous avons un problème de nourriture et nous n’avons pas d’argent ».

« C’est la faute du gouvernement. Nous sommes dans un mauvais pays, dirigé par un mauvais gouvernement ».

M. Nkunda, directeur de l’école secondaire de Kasasa, a lui aussi accusé le gouvernement d’être responsable des problèmes du système éducatif. « Pourquoi le gouvernement ne me paie-t-il pas ? Je n’ai qu’une seule paire de chaussures », a-t-il dit, en désignant du doigt ses vieux souliers marrons.

M. Nkunda s’est dit inquiet des répercussions d’un système éducatif congolais en difficulté et de toutes les perturbations actuelles sur la jeune génération. « C’est vraiment dommage », a-t-il déploré. « Ils décrocheront peut-être des emplois, mais ne seront pas des travailleurs compétents car leur niveau intellectuel est réduit ».

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Publié par le 26 juillet 2010 dans Uncategorized

 

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