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La rencontre avec Africom à Stuttgart : une stratégie de « l’impérialisme intelligent » !

05 Août

Par J.-P. Mbelu

Quelques membres de la société civile congolaise sont allés à la rencontre des responsables de « US Africa Command » à Stuttgart, en Allemagne, du 26 au 31 juillet 2010. Cette rencontre initiée par Africom aurait permis à ces compatriotes d’avoir « de bonnes informations à la source » sur les visées de ce Commandement de l’armée américaine pour l’Afrique. Ce faisant, Africom voudrait couper l’herbe sous les pieds des critiques acerbes de sa mission.

L’une de « bonnes informations » que nos compatriotes ont récoltée lors de cette rencontre serait que le Congo, notre pays, ne sera pas balkanisé. Pauvres  Congolais ! Si nous savions qu’informer en déformant ou en présentant « une politique des bonnes intentions » fait partie des tactiques « normales » des Yankee !

Une tactique «  normale » pour les Yankee

Après les années de guerre de Bush, les  USA ont décidé d’appliquer, entre autres, la stratégie de « l’impérialisme intelligent ».  Si les  guerres de moyenne intensité initiées sous G.W. Bush se poursuivent encore en Irak et en Afghanistan, le Congo, lui, résiste à la longue guerre de basse intensité que les USA et la Grande-Bretagne lui font par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi interposés. Cette guerre est faite par procuration pour permettre aux USA de redorer, aux yeux des naïfs et autres fanatiques, son blason moral. Elle participe de leur politique internationale militaire de repli tactique. « En fait, alternant les méthodes, la politique internationale US peut présenter des cycles de forte agressivité ou de repli tactique. Ainsi, écrit Michel Collon, après leur lourde défaite au Vietnam et leur discrédit international, les Etats-Unis s’étaient calmés quelques temps. Mais c’était reculer pour mieux sauter. » (M. COLLON, Les 7 péchés d’Hugo Chavez, Bruxelles, Investig’Action, p.394) Cette stratégie ne fait absolument pas disparaître l’instinct martial des Yankee.

Au cours de leur repli tactique ou de leurs guerres de moyenne intensité, ils initient plusieurs méthodes de contrôle des cerveaux. Ils utilisent les médias dominants et coupagistes, ils recourent aux services des clercs (les prof. d’unif. et les autres élites intellectuelles de renommée internationale) pour torpiller l’information en en faisant « les vendeurs de la doctrine des bonnes intentions ». Remarquant par exemple que le soutien intérieur s’est érodé en France et en Allemagne au sujet de la guerre menée en Afghanistan et que Barack Obama est sur le point de demander à ces alliés d’augmenter le nombre de leurs militaires là-bas, ils ont inventé un truc. Ils ont estimé, ainsi que l’affirmait Noam Chomsky dans sa conférence à Paris le 31 mai 2010, qu’ « il est nécessaire « d’adapter le message » pour « prévenir ou du moins contenir d’éventuelles réactions violentes ». Pour la France , la CIA recommande d’avoir recours à une propagande élaborée pour prendre en compte le « profond souci pour les civils et les réfugiés » et pour provoquer le sentiment de culpabilité des Français lié à leur abandon. Le rapport recommande de mettre particulièrement en avant la question de l’éducation des filles qui peut devenir « un point de ralliement pour l’opinion publique française en grande partie laïque, et donner aux électeurs une raison de soutenir une cause nécessaire malgré les victimes ». Les faits, comme d’habitude, n’ont pas la moindre importance. On peut prendre par exemple les progrès de l’éducation des filles à Kaboul lors de l’occupation russe, ou le véritable impact des opérations militaires. »

L’initiative des Yankee de rencontrer quelques membres de notre société civile, bien que participant de la stratégie de « l’impérialisme intelligent », est un essai pour contenir de la résistance populaire telle qu’elle se manifeste à l’est (et chez les autres critiques) de notre pays contre les forces négatives des pays voisins qu’ils ont armées. Mais aussi pour bercer les Congolais(es) d’illusions sans qu’ils disent à quoi servent leurs bases militaires.

A quoi servent les bases militaires ?

Au contrôle des axes stratégiques importants et celui des matières premières d’une importance stratégique de premier plan. « Depuis la Seconde Guerre mondiale, confiait Noam Chomsky à Paris, les Etats-Unis dominent le monde des affaires et continuent de le faire à bien des égards, malgré des changements importants. Pendant la guerre, des hauts responsables ont compris qu’au bout du compte, les Etats-Unis détiendraient un pouvoir sans précédent dans le monde et ils ont soigneusement planifié l’organisation du monde de l’après-guerre. Ils ont délimité une « vaste zone » dans laquelle les Etats-Unis détiendraient « un pouvoir incontesté » avec « une suprématie militaire et économique » tout en veillant à la « limitation de tout exercice de souveraineté » de la part des Etats qui pourraient interférer avec leurs intentions planétaires. La vaste zone devait inclure au moins l’Extrême-Orient et l’ancien empire britannique, y compris les ressources énergétiques de l’Asie occidentale ; le contrôle de ces ressources apporterait « un contrôle important sur le monde », fit remarquer plus tard un planificateur influent. » Jusqu’à ce jour, ils n’ont pas renoncé à ces visées impérialistes malgré les limites que leur imposent les puissances émergeantes et les axes stratégiques qu’elles constituent. L’Afrique Occidentale et l’Afrique centrale attisent leurs appétits voraces.

Il est important d’avoir toujours présent à l’esprit l’interconnexion ou plutôt l’imbrication existant entre le politique et l’économico-financier  dans ce que les Yankee entreprennent dans nos pays. Noam Chomsky le dit sans ambages dans la conférence susmentionnée quand il soutient que « depuis les années 1970, la part des institutions financières dans les bénéfices des entreprises a fortement augmenté, pour atteindre aujourd’hui environ un tiers aux Etats-Unis. Leur pouvoir politique a évolué de concert, menant au démantèlement de l’appareil de réglementation qui avait évité les crises financières depuis la Grande Dépression. Ces institutions financières ont également fourni l’essentiel du soutien à Barack Obama, l’aidant à le porter à la victoire. Elles s’attendaient à être récompensées, et elles l’ont été, avec un énorme plan de sauvetage, financé par les contribuables, visant à les sauver des conséquences de l’effondrement destructeur de l’économie dont elles portent la plus grande part de responsabilité . » Cette interconnexion existe aussi entre l’économico-financiè re et le militaire. A ce sujet, voici ce que note Joseph Stiglitz : « Le président Eisenhower avait mis en garde contre le danger du complexe militaro-industriel . Mais, depuis un demi-siècle, ce complexe s’est élargi : les intérêts particuliers qui déterminent la politique économique et sociale américaine comprennent aussi la finance, les produits pharmaceutiques, le pétrole et le charbon. Leur influence politique rend pratiquement impossible toute action publique rationnelle. » (J. STIGLITZ, Le triomphe de la cupidité, Paris, Les liens qui libèrent, 2010, p.464)  Cette impossibilité de toute action publique rationnelle conduit à une navigation à vue et à un court-termisme nocifs au devenir collectif. Elle peut enfermer dans un ensauvagement dont le résultat le plus visible est le soutien offert aux criminels humanitaires et économiques qui tuent et pillent à l’est de notre pays. En ce compris une multitude de militaires Rwandais, Ougandais, Burundais et Congolais formés par les USA hier et aujourd’hui.

Succomber aux charmes de « l’impérialisme intelligent » en oubliant que ceux qui disent qu’il n’y aura pas de balkanisation du Congo sont les mêmes qui nous font la guerre par leurs nègres de service interposés  sans que justice nous soit rendue témoignerait des dégâts causés par le capitalisme du désastre au niveau de nos cœurs et de nos esprits.

Heureusement ! « Les petits restes » veillent. A Beni-Butembo, par exemple, cet « impérialisme » a marqué, tant soit peu, ses limites : les pyromanes ont de la peine à se présenter comme des pompiers. Si cette prise de conscience pouvait faire tache d’huile !  Un peuple bien informé, bien formé (ou se formant à partir de la lecture des faits) et sagement organisé en force d’auto-défense populaire est « la meilleure arme de destruction massive » contre les politiques impérialistes. Celles-ci  ne triomphent longtemps que là où l’obscurantisme et l’obscurité sont entretenus. Est-ce un hasard qu’il y ait une église de sommeil à chaque coin de rue chez nous et que « les Pasteurs » soient les premiers conseillers des « chefs » ? Que le chantier énergie (eau et électricité) soit le plus négligé ? Et que le chantier éducation et culture soit le cadet des soucis de tous ceux qui ont dirigé le Congo jusqu’à ce jour ? La religion-opium et la négligence de secteurs vitaux susmentionnés ont une grande part dans les victoires actuelles de la mort et du mensonge chez nous.

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Publié par le 5 août 2010 dans Uncategorized

 

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