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Lapider le cortège de Kabila vaut le suicide

05 Oct

Source: L’Observateur Paalga 

Ce qui caractérise la démocratie, c’est la liberté qu’ont les citoyens de s’exprimer par des mots et des actes. Bien sûr, en restant dans les limites autorisées par la loi.

Au nom de ce droit fondamental, un individu ou un groupe d’individus peut tenir tête à toute une nation et même en sortir victorieux. C’est au nom de cette liberté que nous avons vu les Etats-Unis, une puissance militaire et économique, négocier avec le pasteur Terry Jones, qui voulait brûler des exemplaires du Coran le mois dernier.

Et il a fallu faire prendre conscience à cet illuminé des conséquences désastreuses à l’échelle planétaire que son projet aurait, s’il était mis à exécution, pour qu’il y renonce. Par le fait de ce mode de gouvernance, nous avons vu récemment des citoyens s’en prendre à des présidents avec des manières certes condamnables, mais qui ont pu exprimer leur exaspération sans pour autant passer de vie à trépas. Peut-on oublier le journaliste irakien Mountager Al-Zaïdi qui a lancé sa paire de chaussures sur l’homme le plus puissant d’alors, George W. Bush, en criant :

“C’est le baiser de l’adieu, espèce de chien” ? L’illustre agressé s’est contenté de prendre l’incident avec humour : “Tout ce que je peux dire, c’est que c’était une pointure 43”.

Pour toute sanction, l’auteur de “l’attentat à la chaussure” a passé seulement 9 mois en prison et en est sorti triomphalement avec de multiples récompenses de la part de ses admirateurs. Quant au jeune homme qui a lancé à la figure de l’actuel président français, Nicolas Sarkozy, à Saint-Denis : “Va te faire enculer, connard ! Ici, t’es chez moi”, il a été condamné à … 35 heures de travaux d’intérêt général. Lui, comme son compatriote qui a refusé, pour “ne pas se salir”, de saluer le mari de Carla Burni au salon de l’agriculture, a exprimé son ras-le-bol à l’égard du premier des Français.

Le bouillant chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a eu plus turbulent que lui en la personne de Massimo Tartaglia, qui lui a jeté une statuette en plein visage. Bilan : “contusions au visage, une petite fracture du nez et deux dents cassées”. C’est dire que de tout temps, les relations entre gouvernants et gouvernés n’ont pas toujours été empreintes de cordialité ni de respect mutuel.

Mais ce qui s’offre à voir dans les pays occidentaux relève quelque peu de l’irréel et confine au suicide dans nos pays qui, pourtant, aiment à ressasser leurs exploits en matière de démocratie. Ceux-ci n’ont pas, pour le moment, pu venir à bout du culte de la personnalité de nos chefs d’Etat, de leurs dérives autoritaires.

Avec des régimes aux origines pour le moins anti-démocratiques, c’est un crime de lèse majesté que de manifester son mécontentement sous n’importe quelle forme à l’égard d’un président, alors que ce dernier est à une distance qui lui permet de voir l’affront. Hélas ! le Congolais Armand Tungulu Madiandamba n’a pas compris cela et n’aura pas la chance d’en parler à ses concitoyens.

Il est décédé dans la nuit de vendredi à samedi dans un camp militaire de Kinshasa, où il était détenu pour avoir jeté des pierres sur le cortège du président Joseph Kabila. Selon le procureur général de la République, Floribert Kabange Numbi, il se serait suicidé à l’aide d’un fil qui était attaché à son oreiller. Peut-on croire à cette thèse dans un pays où les droits de la personne humaine sont en permanence bafoués ? Rien n’est moins sûr, surtout quand on pense à la mort récente du défenseur des droits de l’homme Floribert Chébea dans les bureaux de la police.

Coutumière du fait, la République démocratique du Congo “mange” ses filles et fils qui œuvrent à ce que les valeurs démocratiques tiennent dans le pays : journalistes, responsables de partis politiques, acteurs de la société civile… Insulter, lapider, refuser de saluer une personne, de surcroît une autorité, sont sans doute à bannir dans les habitudes et comportements de tous les citoyens. Pour autant, ils ne sauraient expliquer l’assassinat d’un être humain.

Ne dit-on pas qu’il faut de tout pour faire un monde ? Même dans les royaumes anciens, il est arrivé que le roi ou le chef coutumier admette un turbulent ou un contestataire dans son ressort territorial en se disant qu’un jour il peut être utile à quelque chose. Ce qui est sûr, dans nos Etats modernes, on ne peut pas envisager le développement sans le respect de la vie humaine.

Abdou Karim Sawadogo

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Publié par le 5 octobre 2010 dans Uncategorized

 

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